Morsure de vipère : vipère péliade tapie dans la mousse et la bruyère en sous-bois

Face à une morsure de vipère en randonnée, il faut allonger la personne au calme, immobiliser le membre mordu en position basse, retirer bagues, montre et chaussure qui pourraient serrer, puis appeler les secours. Le garrot, l’incision, l’aspiration et la pompe à venin sont à proscrire : ils retardent la prise en charge et exposent à des complications, jusqu’à la gangrène dans le cas du garrot. Ces consignes sont celles de l’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes, et toute morsure doit conduire à l’hôpital, où un antivenin existe pour les envenimations sérieuses.


Les vipères de France et le risque réel en randonnée

L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes rappelle que la vipère est le seul serpent venimeux vivant en liberté en métropole. Deux espèces se partagent l’essentiel du territoire : la vipère aspic, plutôt au sud, et la vipère péliade, plutôt au nord. Les autres serpents de métropole, comme les couleuvres, ne sont donc pas venimeux.

Les accidents par morsure de vipère restent rares. L’ARS compte environ 80 morsures par an dans sa seule région, et précise qu’environ la moitié des morsures sont dites sèches, c’est-à-dire sans injection de venin. À l’échelle nationale, le professeur Patrice Bourée, de l’Institut Alfred-Fournier, avance dans La Revue du Praticien le chiffre de 250 morsures par an et de 1 à 5 décès annuels, avec 61 % des morsures dues aux vipères.

Ces chiffres ne doivent pas faire baisser la garde : une morsure sèche et une morsure envenimée se ressemblent dans les premières minutes, et seule la surveillance médicale permet de faire la différence.


Les bons gestes après une morsure de vipère

Le premier réflexe est d’éloigner la victime du serpent, sans chercher à le capturer ni à le tuer. Ensuite, la personne s’allonge et reste au calme. L’ARS en fait la première consigne : la victime reste allongée et bouge le moins possible.

Le membre mordu doit être immobilisé en position basse, plus bas que le cœur. Retire tout de suite ce qui pourrait serrer : bagues, bracelets, montre, chaussure ou chaussette si la morsure touche le pied. Le gonflement peut s’installer vite, et un anneau devenu impossible à retirer crée un garrot involontaire.

Le professeur Bourée conseille de laver la plaie et de marquer au feutre la limite de l’œdème, avec l’heure. Ce trait permet aux secours puis à l’équipe médicale de voir si le gonflement progresse, ce qui pèse dans la décision de traitement.

Appelle ensuite les secours au 15 ou au 112. En Auvergne-Rhône-Alpes, l’ARS indique aussi le numéro du centre antipoison de Lyon, le 04 72 11 69 11, qui peut conseiller par téléphone. Une trousse de secours bien composée aide pour le lavage et le maintien du membre, mais elle ne remplace jamais l’évacuation.


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Après une morsure de vipère, les gestes interdits

Plusieurs réflexes hérités de vieux manuels de survie sont dangereux. L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes et La Revue du Praticien convergent sur la liste à proscrire :

  • Le garrot : il coupe la circulation et expose au risque de gangrène selon le professeur Bourée.
  • L’incision de la plaie, qui ajoute une blessure et un risque d’infection.
  • L’aspiration, à la bouche comme avec une pompe à venin de type Aspivenin.
  • La cautérisation et l’application d’alcool sur la morsure.

Ces gestes donnent l’impression d’agir et retardent souvent l’appel aux secours. Le temps passé à les tenter est du temps perdu pour l’évacuation, qui mène au seul traitement disponible, donné à l’hôpital.


Morsure de vipère : reconnaître une envenimation qui s’aggrave

Une morsure envenimée provoque d’abord une douleur et un gonflement local autour des deux points de morsure. L’ARS décrit ensuite des signes généraux qui peuvent apparaître de 30 minutes à plusieurs heures après la morsure : troubles digestifs comme les nausées et les vomissements, malaise et chute de tension, et parfois des signes neurologiques comme une paralysie du visage ou des troubles de la vision.

Ce délai explique pourquoi une victime qui se sent bien juste après la morsure de vipère doit quand même être examinée. L’ARS prévoit une hospitalisation d’au moins six heures, le temps de vérifier qu’aucun signe ne se déclare.

La fiche officielle de l’antivenin gradue la gravité. Le grade II correspond à un œdème régional étendu au membre. Le grade III correspond à un œdème qui dépasse le membre jusqu’au tronc, avec des signes généraux sévères. Pendant l’attente des secours, le trait de feutre et l’heure notée deviennent alors des repères précieux.


Morsure de vipère : l’antivenin, réservé à l’hôpital

En France, l’antivenin de référence s’appelle Viperfav. D’après sa fiche dans la base de données publique des médicaments, il est indiqué dans les envenimations de grade II ou III, avec un œdème qui s’étend rapidement ou des signes généraux comme les vomissements, la diarrhée, les douleurs abdominales ou l’hypotension. Il couvre les venins de la vipère aspic, de la péliade et de la vipère ammodyte.

Le Viperfav s’administre en perfusion intraveineuse et reste réservé à l’usage hospitalier. Aucun kit de randonnée ne permet donc de traiter sur place l’envenimation qui suit une morsure de vipère : le seul traitement utile se trouve au bout de l’évacuation.

Ce médicament a connu des tensions d’approvisionnement. Un message du ministère de la Santé de juin 2023 signalait l’importation d’un autre antivenin, le Viperatab, en précisant qu’il n’agit pas sur la neurotoxine présente dans le venin de certaines vipères aspic. Le ministère en concluait que le Viperfav restait nécessaire pour les morsures de vipère aspic. Ces questions de stock se règlent à l’hôpital et ne changent rien aux gestes à faire sur le terrain.


Préparer la sortie face au risque de morsure de vipère

Tout ce qui précède suppose de pouvoir joindre les secours et de leur indiquer où tu te trouves. Avant de partir sur un itinéraire isolé, laisse ton parcours et ton heure de retour à un proche, charge ton téléphone et repère sur la carte les portions où le réseau risque de manquer. Une victime qui doit rester allongée ne peut pas monter sur une crête pour capter.

Si tu marches seul et que la morsure de vipère te concerne, la consigne de l’ARS ne change pas : appelle d’abord, reste allongé, membre en position basse, et attends les secours au lieu de redescendre à pied. Si aucun réseau ne passe, notre guide des signaux de détresse en montagne explique comment se faire repérer sans téléphone.

En groupe, répartis les rôles : une personne reste auprès de la victime, la rassure, note l’heure et trace la limite du gonflement, pendant qu’une autre s’occupe de l’appel et, si besoin, part chercher du réseau ou guider les secours jusqu’au point exact. Note aussi, si tu l’as vu sans t’approcher, l’aspect du serpent, sa couleur et le dessin de son dos, et décris-le au médecin régulateur.


Limiter le risque de morsure de vipère sur le sentier

L’ARS situe les vipères dans la rocaille, les herbes sèches et les abords de l’eau, actives de mars à octobre selon la température. Le risque de morsure de vipère se concentre donc là où la main ou le pied se pose sans visibilité.

Dans les hautes herbes, des chaussures montantes et un pantalon long couvrent les chevilles. Regarde avant de t’asseoir sur une pierre ou de t’appuyer contre un muret, et ne glisse pas la main sous une souche ou dans un tas de bois. Un serpent croisé sur le sentier se contourne largement, sans chercher à le déplacer. Pour les autres espèces à surveiller selon ta destination, notre guide des animaux dangereux selon la région complète ces précautions.

Une morsure de vipère se gère avec peu de gestes : calme, membre immobilisé en position basse, rien qui serre, trait de feutre et heure notée, appel aux secours et passage à l’hôpital, même quand la victime se sent bien.