Randonneur qui traverse un cours d'eau en montagne avec un bâton d'appui

Traverser un cours d’eau en randonnée tue chaque année, y compris des randonneurs expérimentés, souvent parce que la décision de traverser ou pas se prend en quelques secondes, sous pression, sans méthode. Ce qui suit reprend les recommandations officielles de la FFRandonnée et du PGHM (Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne) : évaluer avant de s’engager, la bonne technique, et surtout, savoir renoncer.


Traverser un cours d’eau, ce qu’il faut évaluer avant de s’engager

Trois éléments à vérifier avant de poser un pied dans l’eau. La profondeur d’abord : au-dessus du genou, avec du courant, le risque de déséquilibre grimpe fortement, c’est un repère largement partagé par les services de secours en montagne. Le courant ensuite : un bâton ou une branche jetée dans l’eau donne une idée rapide de sa vitesse réelle, souvent plus forte qu’elle n’en a l’air depuis la berge. La turbidité enfin : une eau boueuse ou chargée cache le fond, les trous, les rochers glissants, ce qui rend la traversée beaucoup plus dangereuse qu’une eau claire à profondeur identique.

Vérifier aussi en amont : un cours d’eau calme peut monter brutalement après un orage loin en amont, même sous un ciel bleu à l’endroit où tu te trouves.


La bonne technique de traversée, bâton en appui et diagonale contre le courant

Une fois la décision prise de traverser, un bâton de randonnée (ou une branche solide trouvée sur place) en appui du côté amont crée un troisième point de contact stable, qui aide à encaisser la poussée du courant. La traversée se fait en diagonale, légèrement orientée contre le courant plutôt qu’en ligne droite, ce qui évite d’être déséquilibré par la poussée latérale de l’eau. Les pieds glissent plutôt qu’ils ne se lèvent, pour ne jamais perdre l’appui au fond et garder en permanence au moins deux points de contact stables (deux pieds, ou un pied et le bâton).


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Le sac à dos, détaché ou pas détaché

Détacher la ceinture ventrale et la sangle sternale du sac avant de traverser, sans l’enlever complètement, c’est la recommandation qui revient le plus souvent chez les services de secours. En cas de chute, un sac encore attaché aux hanches peut entraîner sous l’eau et empêcher de se redresser, un risque de noyade documenté sur plusieurs incidents en rivière. Un sac totalement détaché et porté à la main, à l’inverse, part au fil de l’eau au moindre déséquilibre, avec tout le matériel dedans. Desserré mais toujours sur le dos reste le compromis recommandé.


Le seuil qui doit faire rebrousser chemin, sans exception

Le seuil est simple à retenir : eau au-dessus du genou combinée à un courant qui déséquilibre visiblement une branche ou un bâton jeté dedans, c’est le signal pour chercher un autre passage, ou renoncer et rebrousser chemin. Aucune technique, aussi bien maîtrisée soit-elle, ne compense un cours d’eau qui a dépassé ce seuil. C’est exactement le réflexe que la FFRandonnée met en avant dans ses recommandations montagne : « renoncer ou faire demi-tour si le temps se gâte » ne s’applique pas qu’à la météo, ça vaut tout autant pour un cours d’eau qui ne passe pas ce jour-là. Le PGHM le rappelle sur le terrain à chaque saison : la majorité des interventions liées à une traversée de cours d’eau concernent des personnes qui ont tenté de passer malgré un doute réel, bien plus souvent que des personnes réellement surprises par une crue soudaine.


L’erreur classique, traverser au point le plus étroit plutôt que le plus sûr

Le réflexe naturel pousse à chercher l’endroit le plus étroit du cours d’eau pour traverser, en pensant limiter la distance à parcourir dans l’eau. C’est souvent l’inverse du bon choix : un passage étroit concentre le débit et accélère le courant, exactement l’effet à éviter. Un passage plus large, où l’eau s’étale, ralentit généralement le courant même si la distance à parcourir est plus longue. Chercher le passage le plus sûr plutôt que le plus court change la donne.


Traverser en groupe, la technique qui change tout

Si le courant est vif ou l’eau profonde, traverser en groupe plutôt que seul change réellement la donne, à condition de respecter une formation précise. Le National Park Service américain, qui documente ce point en détail dans ses recommandations officielles, décrit trois configurations : en ligne, chacun tenant la sangle du sac de la personne devant ; côte à côte, bras liés ; ou en tripode à trois personnes, bras entrelacés, formant une base large et stable. Dans les trois cas, la personne la plus costaude se place légèrement en amont pour casser le courant et protéger les autres du plus gros de la poussée.

Garder les yeux fixés sur la rive d’en face plutôt que sur l’eau qui tourbillonne sous les pieds évite aussi une désorientation qui arrive plus vite qu’on ne le pense : regarder l’eau en mouvement donne une fausse sensation de déséquilibre, même quand l’appui au sol reste stable.


Après la traversée, sécher et vérifier son matériel

Une fois de l’autre côté, même une traversée réussie laisse chaussures et bas de pantalon trempés, ce qui expose au froid bien plus vite qu’on ne l’imagine, surtout si le vent se lève juste après. Sécher ce qui peut l’être, enfiler une couche sèche si le sac en contient une, et vérifier qu’aucun équipement n’a été perdu ou endommagé dans l’eau. C’est précisément le moment où une doudoune sèche gardée au fond du sac justifie tout son poids : enfilée tout de suite après une traversée, elle coupe court au risque d’hypothermie qui commence à s’installer avant même qu’on ait froid en apparence. Sur ce genre de terrain, on ne rigole plus : la rivière ne négocie pas, et elle n’a jamais entendu parler de deuxième chance.


Maillage

Pour ne pas se faire surprendre par le froid une fois trempé, notre guide pour survivre au froid en montagne détaille les bons réflexes. Côté pieds, notre comparatif des chaussures de randonnée (publié la semaine du 3 août) couvre l’adhérence sur terrain glissant. Et pour la couche chaude à garder au sec dans le sac, notre comparatif doudoune outdoor, publié cette semaine, aide à choisir. Pour t’orienter et repérer un meilleur point de passage en amont ou en aval, notre guide dédié à l’orientation complète cette lecture. Et pour prévenir quelqu’un avant une sortie qui inclut ce genre de passage technique, notre article sur ce qu’il faut préparer avant de partir en survie, publié cette semaine, couvre les bons réflexes en amont.