Allumer du bois gras se fait comme ici, copeaux et étincelles de firesteel

Le bois gras est du bois de pin saturé de résine, que l’on trouve dans les souches, les racines et les jonctions des grosses branches sur des arbres morts. Il se reconnaît à son poids, à sa couleur orangée ou brun-rouge et à sa forte odeur de pin. Gratté en fine poussière, il prend l’étincelle d’un firesteel, et sa résine repousse l’eau, ce qui le rend précieux les jours où tout le reste est mouillé.


Ce qu’est le bois gras et comment il se forme

Paul Kirtley, instructeur britannique de bushcraft, définit le bois gras dans son guide consacré au fatwood, le nom anglais de ce matériau, comme le cœur du bois de certains conifères, en particulier des pins, saturé de résine. Cette résine se concentre dans les souches, les racines ou les anciennes jonctions de branches, le plus souvent après la mort de l’arbre, une blessure ou un abattage. Avec le temps, elle s’accumule dans le bois qui reste.

Selon Kirtley, tous les pins peuvent en produire, et il cite le pin sylvestre, présent dans toute l’Eurasie, parmi les essences qui en donnent. Le même auteur précise qu’il ne se forme pas dans tous les conifères. En France, ce sont donc les pins morts ou abattus depuis longtemps qui méritent ton attention.


Où chercher du bois gras en forêt

Kirtley indique quatre endroits à inspecter. Le premier est le tronc d’un pin mort resté debout. Le deuxième est la base d’une vieille souche, où il faut entamer le bois à la hache pour atteindre le cœur. Viennent ensuite les jonctions où une grosse branche rejoint le tronc, puis les branches basses mortes, encore attachées à l’arbre.

L’instructeur pose une limite nette : prélève uniquement sur des arbres morts ou des branches tombées, et ne taille jamais dans du bois vert.


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Prélever du bois gras dans les règles

Le bois gras se récolte sur du bois mort, dont le ramassage obéit à des règles. En 2011, dans une réponse à une question écrite du député Daniel Garrigue, le ministère de l’Agriculture rappelait que le ramassage de bois mort dans les forêts relevant du régime forestier nécessite une autorisation de l’autorité compétente. Selon la forêt publique concernée, cette autorisation revient à la collectivité propriétaire, à l’Office national des forêts, ou aux deux. En forêt privée, demande l’accord du propriétaire avant d’attaquer une souche.

Le plus simple reste de récolter ta provision chez toi, sur une souche de ton terrain ou avec l’accord d’un propriétaire, puis de l’emporter en sortie. Pour le feu lui-même, les règles du lieu passent avant tout : notre article sur le bivouac légal en France fait le point sur les parcs et les interdictions de feu. Une fois le repas cuit, éteins complètement les braises et efface la trace du foyer, comme le détaille notre guide des principes Leave No Trace appliqués au bivouac.


Reconnaître le bois gras : poids, couleur, odeur

Trois indices suffisent sur le terrain. Kirtley décrit un bois dense, de couleur orangé doré ou brun-rouge, bien plus lourd qu’un morceau de pin sec ordinaire de même taille. Sous le couteau, il dégage une odeur de pin marquée, surtout quand tu le rabotes ou le coupes.

L’âge du morceau change son toucher. Un morceau récent reste collant sous les doigts, alors qu’un morceau ancien devient dur et sec au toucher. Il paraît aussi plus foncé que le bois des branches qui l’entourent, avec un intérieur ambré ou orangé quand tu l’entailles. Si ton morceau est léger, pâle et sans odeur, il s’agit d’un simple bois mort, utile comme petit bois mais sans la résine recherchée.


Préparer le bois gras : raclures, copeaux, bâton à plumes

Kirtley distingue trois préparations. La première est la raclure : tu grattes le bois à angle droit avec le dos de ta lame ou une scie, jusqu’à obtenir une poussière fine qui attrape l’étincelle d’un ferrocérium. C’est la forme la plus sûre pour démarrer avec un firesteel, dont le fonctionnement est détaillé dans notre guide pour choisir un allume-feu de survie.

La deuxième préparation donne des copeaux, de fines lamelles qui s’allument avec une allumette, ou avec une étincelle quand elles sont assez fines. La troisième est le bâton à plumes, ce morceau de bois dont tu soulèves les copeaux sans les détacher. Une fois allumé, tu le glisses sous ton petit bois. Selon Kirtley, un bâton à plumes taillé dans ce bois brûle plus chaud et plus longtemps que son équivalent taillé dans un résineux ordinaire.

Prépare ces trois formes avant de frotter la première étincelle, puis range le reste du morceau entier dans une poche étanche et râpe-le au moment du prochain feu.


Pourquoi le bois gras brûle même par temps humide

La résine change tout. Kirtley décrit un bois qui brûle chaud, avec une flamme qui dure, et qui reste difficile à éteindre une fois allumé, même par vent fort. Comme la résine repousse l’eau, le bois reste utilisable quand le reste de ton combustible est humide.

C’est ce qui en fait un allié des jours de pluie, quand l’écorce et les brindilles ramassées au sol refusent de prendre. Notre guide pour faire du feu sous la pluie explique comment bâtir le reste du foyer autour de cette première flamme.


Allumer ton feu pas à pas avec ce bois résineux

Avant la première étincelle, rassemble tout ce dont tu as besoin. Pose une petite pile de raclures sur un support sec, un morceau d’écorce ou une planchette, place les copeaux à portée de main et trie ton petit bois du plus fin au plus gros. Une fois la flamme partie, tu n’auras pas le temps de chercher.

Tiens la tige du firesteel au contact du tas de raclures et gratte-la d’un mouvement franc, en dirigeant les étincelles vers la poussière. Quand elle s’enflamme, ajoute aussitôt quelques copeaux fins, puis le bâton à plumes. Kirtley conseille d’allumer ce bâton puis de le déplacer sous le petit bois, qui prend à son tour.

Monte ensuite le feu brindille par brindille, sans étouffer la flamme sous une brassée de bois trop gros d’un coup. Si le premier essai échoue, gratte une poussière plus fine et recommence, puisque Kirtley réserve l’allumage à l’étincelle aux raclures les plus fines.


Le bois gras en pratique

ÉtapeCe que tu fais
ChercherPins morts debout, vieilles souches, jonctions de grosses branches, branches basses mortes
VérifierBois lourd, orangé ou brun-rouge, odeur de pin, parfois collant
PréleverUniquement sur du bois mort, avec l’autorisation du propriétaire ou du gestionnaire
PréparerRaclures pour le firesteel, copeaux pour l’allumette, bâton à plumes pour lancer le feu
TransporterUn bloc entier dans une poche étanche, râpé au moment du feu

Un morceau de bois gras de la taille d’une main se glisse dans la poche du sac. Repère les bons arbres lors de tes balades, demande l’accord du propriétaire, et entraîne-toi à la raclure chez toi avant d’en avoir besoin dehors.