Un blessé qui ne peut plus marcher à plusieurs kilomètres d’un accès véhicule pose un problème que la trousse de secours ne règle pas seule. Et si personne du groupe n’a jamais pratiqué ce geste avant d’en avoir réellement besoin ? Fabriquer une civière de fortune avec deux perches solides et des vêtements ou un tarp est une compétence simple, à condition de savoir aussi quand ne surtout pas déplacer la personne concernée.
- Deux perches solides sont la base de tout : bâtons de randonnée, branches ou perches de tente selon ce qui est disponible sur place
- Une suspicion de blessure à la colonne change toute la méthode : immobiliser la tête devient prioritaire, avant même de penser à déplacer le reste du corps
- Porter à plusieurs demande une coordination précise : un mouvement mal synchronisé secoue la civière et peut aggraver la blessure initiale
Sommaire
- Quels matériaux pour fabriquer une civière de fortune ?
- Deux perches solides, la base de toute civière improvisée
- Vestes ou tarp, comment fermer la civière
- Suspicion de blessure à la colonne, ce qui change tout
- Porter à plusieurs sans aggraver la blessure
- Sécuriser le blessé avant de prendre la route
- Quand ne surtout pas déplacer un blessé
- Ce qui transforme une évacuation de fortune en danger supplémentaire
- Le bon matériel prépare une évacuation avant qu’elle n’arrive
Quels matériaux pour fabriquer une civière de fortune ?
Deux perches longues et rigides (bâtons de randonnée, branches solides, perches de tente démontées) forment l’ossature de base, sur laquelle vient se tendre une surface porteuse : une couverture, un tarp, ou plusieurs vestes fermées et enfilées les unes dans les autres. L’armature d’un sac à dos, une fois vidé, peut aussi servir de renfort ponctuel pour rigidifier l’ensemble.
Le choix des matériaux dépend surtout de ce qui se trouve réellement sur place : inutile de chercher la solution parfaite quand une combinaison simple et solide suffit largement pour parcourir la distance nécessaire. En ski de randonnée ou en canoë, les skis eux-mêmes ou une pagaie double peuvent remplacer des perches naturelles quand aucune branche adaptée ne se trouve à proximité.
Deux points comptent plus que le reste au moment de choisir : la rigidité (une perche qui plie sous le poids d’un adulte ne tiendra pas sur plusieurs centaines de mètres) et la longueur totale, qui doit largement dépasser la taille de la personne à transporter pour laisser une prise aux porteurs des deux côtés. Une perche trop fine risque de céder sous le poids, tandis qu’une perche trop épaisse devient vite lourde à porter sur la distance : le bon compromis se sent surtout à la prise en main, une fois testée sous charge.
Deux perches solides, la base de toute civière improvisée
Chaque perche doit dépasser d’au moins 30 cm de chaque côté de la personne allongée, pour offrir une prise solide aux porteurs sans risquer de glisser en cours de trajet. Tester la solidité de chaque perche en appuyant fermement dessus avant de finaliser la civière évite qu’elle ne cède en pleine évacuation, un risque particulièrement élevé avec du bois mort ramassé au sol.
Des bâtons de randonnée télescopiques, en position complètement dépliée et verrouillée, fonctionnent aussi bien que des branches naturelles, avec l’avantage d’une résistance déjà connue et testée avant la sortie. Vérifier le verrouillage à deux mains, en tirant fort dans les deux sens, évite la mauvaise surprise d’un bâton qui se rétracte sous le poids en pleine évacuation.
Une branche encore vivante, verte et souple, plie sans forcément casser sous la charge, ce qui la rend en réalité plus dangereuse qu’une branche morte bien sèche : elle donne l’illusion de tenir tout en s’affaissant progressivement. Choisir plutôt du bois mort mais encore ferme au toucher, sans zone spongieuse ni signe de pourriture, donne un bien meilleur résultat.
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Vestes ou tarp, comment fermer la civière
Pour la méthode aux vestes, fermer complètement chaque veste (zip ou boutons), les aligner l’une derrière l’autre en les faisant se chevaucher légèrement, puis faire glisser les deux perches à travers les manches retournées vers l’intérieur crée une surface porteuse continue. Un tarp ou une bâche, enroulé fermement autour de chaque perche puis fixé avec de la corde ou du paracorde, offre une solution plus rapide quand ce matériel est disponible.
Vérifier que la surface porteuse reste tendue sans plis profonds évite les points de pression inconfortables pour la personne transportée sur une distance parfois longue. Superposer deux ou trois vestes plutôt qu’une seule couche unique répartit mieux le poids et réduit le risque qu’un zip ou un bouton lâche en cours de route.
Un sac de couchage fendu sur toute sa longueur et déplié à plat fonctionne aussi très bien comme surface porteuse, avec l’avantage supplémentaire d’isoler la personne transportée du froid qui remonte par en dessous, un détail qui compte énormément sur un trajet de plusieurs heures.
Suspicion de blessure à la colonne, ce qui change tout
Dès qu’une chute importante, un choc à la tête ou une douleur dans le cou ou le dos laisse penser à une possible blessure de la colonne vertébrale, la priorité absolue devient d’immobiliser la tête avant tout mouvement du reste du corps. Une personne dédiée uniquement à stabiliser la tête avec ses mains, pendant que les autres s’occupent du reste, est la meilleure option quand le groupe compte assez de monde.
À défaut d’une personne disponible pour cette tâche, caler la tête entre deux vestes roulées ou deux sacs de chaque côté limite les mouvements latéraux pendant le transport, sans remplacer complètement une vraie immobilisation manuelle. Demander à la personne blessée si elle ressent des picotements, un engourdissement ou une perte de force dans les bras ou les jambes donne une indication précieuse sur la gravité potentielle de la blessure, à répéter régulièrement pendant tout le trajet.
Le réflexe de vouloir asseoir ou redresser une personne qui vient de chuter, pour « voir si ça va », fait partie des gestes à bannir en cas de doute sur la colonne : ce mouvement peut aggraver une lésion qui, immobilisée, serait restée stable.
Porter à plusieurs sans aggraver la blessure
Porter une civière improvisée demande idéalement quatre personnes, une à chaque coin, qui se lèvent et avancent en même temps sur un signal clair donné à voix haute. Un mouvement mal coordonné, où une perche se soulève avant l’autre, secoue l’ensemble de la civière et transmet ce mouvement directement à la personne blessée.
Avancer à un rythme lent et régulier, en communiquant sur chaque obstacle du terrain avant de le franchir, réduit largement les à-coups qui aggravent le plus une blessure déjà présente. Désigner une seule personne pour donner les instructions (« on avance », « on s’arrête », « à trois on pose ») évite la confusion qui s’installe vite quand quatre porteurs essaient chacun de guider le mouvement.
Alterner les porteurs toutes les dix à quinze minutes sur un trajet long garde le rythme constant, la fatigue étant justement ce qui provoque les faux pas et les mouvements mal synchronisés en fin de portage.
Sécuriser le blessé avant de prendre la route
Attacher la personne à la civière avec des sangles, une corde ou même des lacets de rechange, au niveau du torse et des cuisses, l’empêche de glisser ou de basculer sur un terrain en pente ou irrégulier. Cette précaution compte double pour une personne semi-consciente, incapable de se retenir elle-même en cas de déséquilibre des porteurs. Serrer sans excès reste la règle : une sangle trop tendue sur le torse gêne la respiration, ce qui pose problème sur une personne déjà affaiblie.
Isoler le blessé du sol et du vent, avec une couverture de survie ou tout vêtement disponible en plus de la surface porteuse, prévient l’hypothermie qui s’installe vite chez une personne immobile, même par température modérée. Surveiller régulièrement son état de conscience pendant tout le trajet permet aussi de détecter une aggravation avant qu’elle ne devienne critique.
Quand ne surtout pas déplacer un blessé
Un danger immédiat (feu, éboulement, montée des eaux) justifie de déplacer une personne même en cas de suspicion de blessure grave, faute d’alternative plus sûre. En dehors d’un danger immédiat, attendre les secours sur place, en signalant la position exacte, est souvent préférable à une évacuation de fortune qui risque d’aggraver une blessure à la colonne non confirmée. Cette décision demande un peu de sang-froid, surtout face à une personne qui insiste pour marcher malgré la douleur : rassurer et faire patienter reste parfois le geste le plus utile qu’on puisse offrir.
Isoler la personne du sol et la couvrir en attendant les secours reste essentiel même dans ce cas : l’immobilité complète refroidit le corps beaucoup plus vite qu’une marche, même lente.
Ce qui transforme une évacuation de fortune en danger supplémentaire
Précipiter le transport pour « en finir vite », plutôt que de prendre le temps de construire une civière réellement stable, est l’erreur la plus fréquente en situation de stress. Utiliser des perches trop courtes ou mal testées, qui cèdent au milieu du trajet, transforme une évacuation déjà délicate en nouvel accident. Se lancer sur un terrain technique (pierrier, pente raide, passage étroit) sans avoir repéré au préalable un itinéraire alternatif plus praticable coûte souvent plus de temps que le détour lui-même aurait pris. Avoir déjà réfléchi à ce type de scénario avant de partir, au même titre que le reste du kit de survie 72h, change beaucoup la rapidité de réaction le jour où ça arrive vraiment.
Le bon matériel prépare une évacuation avant qu’elle n’arrive
Une trousse de secours bien équipée est la première étape avant même de penser à une civière improvisée : notre guide de la trousse de secours détaille ce qu’il faut garder à portée de main. Une fois l’évacuation commencée, signaler sa position exacte compte tout autant que le transport lui-même : notre comparatif des balises SOS de survie couvre les modèles qui gardent ce repère fiable même loin de tout réseau.
Ce que je recommande à tous ceux qui partent régulièrement en groupe : s’entraîner une fois, même brièvement, à monter une civière de fortune avant d’en avoir réellement besoin. Le jour où ça arrive, personne n’a le temps ni le calme nécessaire pour improviser une technique jamais pratiquée, et les dix minutes passées à s’entraîner en amont se rentabilisent largement ce jour-là.


